Cette édition est dédiée à la mémoire du saxophoniste Sam Rivers, disparu le 26 décembre dernier, et qui a ouvert le ban au Théâtre de Besançon lors de la 1ère édition du Festival Jazz en Franche-Comté en 1982.
Adieu l’ami, the show must go on…

—————————————————————————————————————————————————————–
édito | programme | infos pratiques

«La politique est un chapitre de la météorologie. La météorologie est la science des courants d’air. »
(Edouard Herriot)

Édito

Au moment ou je rédige ces lignes, je n’ai bien sûr aucune idée du résultat des élections présidentielles et encore moins des législatives. Par contre, ce dont je suis certain, c’est qu’il n’aura jamais été question de Culture dans les programmes et les débats. Tout au plus, en la matière, aurons-nous le choix entre storytelling et une sorte de nouveau réalisme socialiste mou, remis au (mauvais) goût du jour. Le storytelling étant l’art de raconter des histoires à des fins de communication et le réalisme socialiste un système dans lequel l’Art devient l’expression du pouvoir et de ses valeurs. Autrement dit le pile et le face de la même monnaie de singe.
Indignons-nous. Pour ce qui nous concerne, nous n’avons pas attendu que ce soit à la mode. Il y a longtemps que nous affirmons que créer c’est résister et que nous vitupérons contre l’indigence du personnel politique, toutes tendances confondues, mais avec une attention particulière à ceux qui s’annoncent, sans rire, progressistes (vous savez, ces petits notables farouchement attachés à leurs prébendes et autres avantages en nature, qui n’ont de cesse de taxer toute initiative innovante d’élitiste comme pour mieux la frapper du sceau de l’infamie et, accessoirement, nous laisser à penser qu’ils ont du vocabulaire). Alors, en fait de professions de foi, nous trouvons surtout des pétitions en faveur de la création artistique qui nous rappellent que « la question artistique, culturelle, est centrale, cruciale et non accessoire (…) » et c’est peu dire que nous approuvons un Jacques Attali quand il déclare que  « pour tous, il faudrait faire de la Création une ambition, de l’invention une exigence, du nouveau une nécessité. » Pas sûr, par contre, que ses amis politiques soient sur la même longueur d’onde. Alors, même si nous savons bien que les chants désespérés sont les plus beaux, maigre consolation, nous ne nous faisons aucune illusion.
Et, pour conclure, en filant encore la métaphore météorologique, citons le regretté Eugène Ionesco qui nous avertissait déjà qu’« il n’y a rien de nouveau sous le soleil, même quand il n’y a pas de soleil. »
En attendant, quand même, bon festival à tous.

Philippe Romanoni

Programme

Lundi 25 juin | 14h30

5 films d’animation de Starevitch : Le lion et le moucheron, Le rat des villes et le rat des champs, Les grenouilles qui demandent un roi, La cigale et la fourmi, Le lion devenu vieux.
Ces 5 films réalisés entre 1922 et 1931 sont 5 merveilles du cinéma d’animation. La tendresse, l’inventivité de Starevitch, font de lui un des pères du cinéma d’animation. Gaël Mevel joue ces 5 films au violoncelle, s’accompagnant de la voix pour lire les textes des cartons (pour les plus petits qui ne lisent pas encore), joue les dialogues pour les films parlants (Le lion et le moucheron), et chante quelques mélodies.
Gaël Mevel a voulu aborder ici la diversité des climats, mais surtout la richesse et la poésie de Starevitch, en créant un univers sonore où texte et musique se mêlent étroitement. Cinq fables de La Fontaine, revisitées par Starevitch et accompagnées par Gaël Mevel, un bijou de poésie.

Gaël Mevel (violoncelle, voix)

Mardi 26 juin | 18h00

Kefukefu est une pièce solo pour batterie, percussions, sampler et voix. Alternant chant traditionnel japonais, improvisation et traitement du son en temps réel, Yuko emmène le public dans son univers poétique, organique et microscopique.
Les formes d’expressions musicales les plus primitives, le chant et les percussions, y côtoient les plus contemporaines, les samplers et le synthétiseur. Comme dans son premier solo (que nous avions programmé dans notre saison musicale : les petites formes des musiques libres et inventives) le thème de Kefukefu est le Japon qu’elle ressent. (Kefukefu signifie « aujourd’hui » dans l’ancienne langue japonaise). Après la catastrophe qui a envahi le Japon, la vision de Yuko n’est plus la même qu’auparavant. Ce choc l’a poussée à créer ce nouveau solo pour arriver à se redresser et pouvoir faire face à la réalité du Japon actuel.

Yuko Oshima (batterie, sampler, voix)

Mardi 26 juin | 20h30

Tangmo est un parcours à rebours qui revient sur les pas d’une résidence en Chine, projet produit par le Pavé dans la mare, centre d’art contemporain, avec le soutien du Conseil Régional de Franche-Comté, dans la province de l’Anhui en juin 2010. Tangmo est le nom du village qui a accueilli, dans un premier temps, Aurore Gruel et Delphine Ziegler pour y mener un travail de danse et de film. Xu Fengxia, improvisatrice sur instruments traditionnels, les a ensuite rejointes pour présenter un spectacle de restitution au temple des ancêtres.
Le concert débute avec les images du film de la résidence, accompagnées par Xu Fengxia. L’inévitable basculement des réalités, de cette Chine rurale profonde de là-bas à l’espace scénique d’ici, est illustré par le duo danse-musique. Si Aurore Gruel et Xu Fengxia puisent leur inspiration dans les sillons de la mémoire c’est pour en faire jaillir, en temps réel, une écriture nouvelle.

Xu Fengxia (guzheng/cithare, sanxian/luth), Aurore Gruel (conception, chorégraphie, danse), Delphine Ziegler (conception, vidéo)

Mercredi 27 juin | 18h00

Ici, il s’agit, avant tout, d’une expérience d’écoute, tant pour les musiciens que pour les spectateurs. Mathias Forge et Léo Dumont, se plaisent à questionner le rapport entre la pratique du son et l’environnement dans lequel elle s’inscrit.
Comment considérer les sons d’un lieu dans un jeu d’improvisation ? Quelle musique naît de cet assemblage ? Jouer dans le même lieu, au même moment, suffit-il pour faire naître un duo ?
Grâce à des actions sonores simples, minimales et acoustiques, les deux artistes tentent de s’inscrire dans l’environnement sonore du lieu et en transforment l’image acoustique en la teintant d’une présence singulière et inhabituelle.
Cette performance est une invitation à considérer l’environnement, le paysage ou les espaces avec les oreilles, les deux artistes proposant d’y partager leur écoute active du réel.

Mathias Forge (trombone), Léo Dumont (percussions)

Mercredi 27 juin | 20h30

Deux voix féminines, l’une pétrie de recherche tribale et contemporaine, l’autre venant du théâtre (Roy Art Theatre),
un batteur-percussionniste, voilà un équipage peu commun.
Cet ensemble est une formation originale où les voix féminines sont très présentes. Dans le jazz, la voix constitue l’essence de l’art musical, et le chant fut la première source d’inspiration que les instrumentistes s’efforcèrent de reproduire. Les femmes, en particulier, ont su affirmer leur capacité à être de remarquables interprètes.Construit autour de la voix et de la percussion, cette création peut surprendre par son agencement particulier des espaces. Musique limpide et claire, sans contrainte de style ni de chapelle, méditative, elle n’est pas moins une voie à explorer dans le paysage des musiques actuelles.
Paysage de Fantaisie, ou l’alchimie fragile et sensible de trois artistes embarqués en territoire inconnu, trois individualités plongées dans l’écoute des autres, des secousses du corps, des rythmes qui se cristallisent, dessinant des personnages irréels et envoûtants.

Pascale Labbé, Renata Roagna (voix), Denis Fournier (batterie, percussions)

Jeudi 28 juin | 18h00

Elle ouvrent et déballent leurs valises préparées,
De briques, de broc et de braque,
Pour partir dans un univers impromptu,
Tissé de toiles aux matières choisies,
Pour laisser place à l’improvisation.

Marie Rubens (voix & porte voix)
Aëla Gouvernnec (violoncelle)

Jeudi 28 juin | 20h30

Quoi !?!? un rappeur au festival jazz et musique improvisée en Franche-Comté. Avouez que, passé le premier moment de stupeur vous vous êtes dit : « ça y-est, ils sont tombés dans la facilité » ou pire encore : « tiens, un lourdaud chez les intellos. » Et bien vous n’y êtes pas du tout. Rappeur et sans reproche, Rocé, résolument en dehors des sentiers rebattus et de certaines dérives de quelques uns de ses collègues, a fait ici le pari, avec Jean-Rémy Guédon, de reprendre à leur compte le rêve fou du philosophe de fondre idées et sons dans une même matière en fusion. Le tout sur une musique très visuelle et concrète, facétieuse et surprenante, à la fois savante et ludique.
Un jour, Richard Wagner, sa femme Cosima et Nietzsche causent philo. On en vient vite à tutoyer les cimes avec un pareil trio… A bout de mots, Friedrich s’empare du piano du maître et se lance dans une longue improvisation pour donner un plein sens à cette discussion. Résultat ? Wagner et sa femme sont médusés par les talents d’improvisateur du philosophe… C’est le rêve de Nietzsche, faire des idées et des sons une même matière en fusion.
Aujourd’hui, Jean-Rémy Guédon et Rocé se réapproprient les termes de cette discussion et tentent d’exhausser le rêve de Nietzsche.
Ben, si c’est pas un événement ça, Coco !

Rocé (choix et interprétation des textes), Jean-Rémy Guédon (direction, saxophone), Vincent Arnoult (hautbois), Nicolas Fargeix (clarinette), Emmanuelle Brunat (clarinette basse), Vincent Reynaud (basson), Fabrice Martinez (trompette), Thierry Jason-Banaré (basse électrique), David Pouradier-Duteil (batterie)

Vendredi 29 juin | 18h00

Quelque part entre Andy Emler « l’art du solo c’est l’art de se mettre à poil » et Rainer Maria Rilke «Une seule chose est nécessaire, la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer, des heures durant, personne. C’est à cela qu’il faut parvenir. Être seul, comme l’enfant est seul. », ce nouveau solo de Claude Tchamitchian ce n’est, ni l’enfance de l’art, ni un quelconque et vain exercice de plaisir solitaire, mais plutôt un voyage dans la mémoire, dans sa mémoire, un retour sur ce qui a constitué l’homme et l’artiste car, en honnête homme qu’il est, Claude sait bien que les gens qui n’ont pas de mémoire n’ont pas d’avenir, une sorte d’inventaire à la Georges Perrec, façon je me souviens où il est question d’hommage à des amis musiciens ou des références, citons pêle-mêle, Raymond Boni, Jean-François Jenny-Clark, Ralph Peña, Peter Kowald. Hommage et partage. Vous l’avez compris, le musicien est important, énormément, l’homme est attachant, terriblement et ce solo est magistral, tout simplement

Claude Tchamitchian (contrebasse)

Vendredi 29 juin | 20h30

Là, on abat notre carré d’as. Soit, le nec plus ultra hexagonal et largement au delà, en matière de jazz d’aujourd’hui et de musique improvisée. Parce que, quand même, excusez du peu, Michel Portal, un des musiciens occidentaux les plus singuliers, inclassable, échappant à toutes les déterminations. Comme le dit Francis Marmande, Portal se pose à la fois en activiste et en empêcheur de tourner en rond. Que dire de Daniel Humair, si ce n’est que, sur scène, il est partout sans jamais occuper la place – il propulse, converse, relance, ponctue, commente, traque le tempo – en conservant une qualité d’accompagnement extraordinaire, sensible, discrète. Louis Sclavis, est sans le moindre doute, l’un des musiciens européens des plus originaux et talentueux, boulimique insatiable d’aventures sans frontières, incapable de résister à ses désirs d’escapade stylistique, il s’impose depuis longtemps sur tous les fronts de la modernité. Enfin, Bruno Chevillon, l’exact complément de tout ce qui précède, sans aucun doute aujourd’hui, l’un des plus grand contrebassiste français de sa génération, qui en fait assurément, par son style et son intelligence, un partenaire sûr et recherché. Attention, vous êtes prévenus, pluie d’étoiles à prévoir sur la scène du Théâtre.

Michel Portal (saxophones, clarinettes, bandonéon), Daniel Humair (batterie), Louis Sclavis (saxophones, clarinettes), Bruno Chevillon (contrebasse)

Samedi 30 juin | 18h00

Complices de longue date et figures tutélaires des musiques improvisées, Itaru Oki , le rebelle sonore, précurseur de la free-music au Japon, passionné de lutherie et lui-même fabricant qui n’hésite pas, pour notre plus grand bonheur, à utiliser ses prototypes sur scène, et Benjamin Duboc, le musicien qui cherche à donner forme au temps, nous proposent ici une conversation poétique d’une richesse confondante, où, avec l’exigence du son acoustique, l’importance donnée au silence est primordiale pour laisser toute liberté à notre imaginaire emporté par ce savant mélange d’improvisation et de tradition extrême-orientale. Un dialogue époustouflant, un merveilleux moment de contemplation auditive, envoûtant et complètement hypnotique.

Benjamin Duboc (contrebasse)
Itaru Oki (trompette, buggle)

Samedi 30 juin | 20h30

Cela n’a l’air de rien, mais deux des musiciens présents ce soir, Jacques Coursil et Alan Silva, sont des figures tutélaires de la new thing, cette nouvelle voie de jazz libre à laquelle ils ont participé et que les noirs américains des années 60 voulaient comme une révolution culturelle profonde en rompant radicalement avec les schémas de la musique occidentale (musique tonale et rythmes en binaire ou en ternaire).
Jacques Coursil et Alan Silva ont été membres permanents, pendant les années 60, des trios d’une figure clé de cette révolution musicale, le trompettiste Bill Dixon. Les trios Dixon, creusets en quête de sons et de langages, ont marqué, depuis lors, les musiques improvisées.
New York, 1965-70. Jacques Coursil et Alan Silva se croisent chez Sun Ra, puis, séparément, partent plusieurs fois en tournée avec Bill Dixon. Après toutes ces années, les deux compères se retrouvent et s’associent avec le saxophoniste Heribert Leuschter pour le plaisir d’un hommage à leur maître.
Improviser c’est créer un espace d’écoute et laisser aussi sa place à la poésie. Le trio propose ainsi des versions d’oratorios sur des poètes contemporains, Edouard Glissant, Aimé Césaire, Frantz Fanon et quelques autres. Soit une musique saisissante qui avance avec le texte, la voix, le rythme et le souffle. Des textes poétiques et telluriques, des « clameurs » qui restituent dans leur langue ces poètes du cri du monde. La magie noire du futur antérieur.

Jacques Coursil (trompette, voix), Alan Silva (contrebasse), Heribert Leuchter (saxophone)